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Pourquoi douter de nos certitudes aide à avancer ?

il y a 9 minutes
5 min de lecture
Panneau en bois à deux flèches, DOUBT en haut et BELIEVE en bas, sur fond de ciel et paysage flou.
Le doute et la certitudes vont-ils vraiment vers un mouvement contraire ?

Il y a des phrases qui arrivent en séance avec la solidité d’un mur.

"Je sais comment il est."

"Elle ne changera jamais."

"Je suis comme ça."

"De toute façon, ça finit toujours pareil."

"Je sais très bien pourquoi je fais ça."


Elles ne sont pas forcément prononcées avec colère. Parfois même, elles sont dites calmement, comme des faits qui ne mériteraient plus vraiment d’être interrogés.

Et puis, au fil de la séance, quelque chose bouge.

Pas forcément beaucoup.

Un silence un peu plus long.

Un "enfin… je crois".

Un souvenir qui ne colle pas tout à fait avec ce qui venait d’être affirmé.

Une contradiction qui apparaît presque par accident.

La certitude se fissure légèrement.

Et c’est souvent là que quelque chose devient intéressant.


Nous aimons savoir, nous avons besoin de savoir.

Ne pas savoir est une position étrange.

Elle laisse de la place à ce qui pourrait arriver, à ce que l’on pourrait découvrir, mais aussi à ce que l’on ne maîtrise pas.

Alors nous construisons des certitudes.

Sur nous-mêmes.

Sur les autres.

Sur ce qui nous est arrivé.

Sur ce que nous sommes capables ou incapables de faire.


Certaines sont probablement nécessaires. Elles organisent notre histoire et donnent une certaine continuité à celui ou celle que nous pensons être.

Mais d’autres ressemblent davantage à des portes que nous avons fermées depuis longtemps.

"Je n’ai jamais été jaloux."

"Ma mère a toujours fait de son mieux."

"Mon père ne m’a jamais manqué." ...

"Je n’ai besoin de personne."

"Je suis quelqu’un de fort."

Mouhais...

Ces phrases peuvent être parfaitement vraies.

Mais en séance, la question n’est pas toujours de savoir si elles sont vraies ou fausses.

Il arrive que l’on écoute plutôt ce qu’elles empêchent de penser derrière.


Certaines certitudes ont une histoire, elles viennent de quelque part.

Un enfant comprend le monde avec les moyens dont il dispose.

Il observe.

Il ressent.

Il interprète.

Et parfois, il tire des conclusions :

"Quand je pleure, on s’éloigne."

"Quand je réussis, on me regarde."

"Quand je dérange, on ne m’aime plus."

"Si je compte sur quelqu’un, je risque d’être déçu."


Bien sûr, l’enfant ne formule pas nécessairement les choses ainsi.

Mais quelque chose peut s’inscrire.

Des années plus tard, la phrase a changé de forme.

Elle est devenue :

"Je préfère me débrouiller seul."

"Je ne suis pas quelqu’un de très démonstratif."

"Les autres finissent toujours par décevoir."

"Je ne supporte pas de dépendre de quelqu’un."


Ce qui fut peut-être un jour une manière de comprendre une situation, devient peu à peu une évidence sur soi-même ou sur le monde.

Et l’on oublie parfois que cette évidence a une histoire.


"Je sais déjà tout sur mon histoire"

Il arrive aussi que quelqu’un arrive en séance en ayant beaucoup "compris".

Il connaît son enfance.

Il connaît ses blessures.

Il sait pourquoi certaines relations ont échoué.

Il a lu, réfléchi, analysé.

Il peut expliquer avec beaucoup de finesse pourquoi il fonctionne ainsi.


Et pourtant, quelque chose continue de se répéter.

Une même relation.

Une même colère.

Une même peur.

Une même façon de partir avant d’être quitté.

Une même difficulté à demander.

Une même impression de ne jamais être assez.


Alors une question apparaît parfois entre deux phrases :

Et si comprendre n’était pas toujours savoir ?

Parce que certaines explications peuvent, elles aussi, devenir des certitudes.

Elles donnent du sens.

Mais, elles peuvent également refermer ce que l’on pensait avoir ouvert.

"C’est à cause de mon enfance."

"C’est parce que je manque de confiance en moi."

"J’ai toujours été comme ça."

Peut-être.

Et peut-être pas seulement.


Le doute introduit un espace à explorer

Douter d’une certitude ne signifie pas nécessairement l’abandonner.

Il ne s’agit pas de transformer chaque conviction en hésitation permanente.

Le doute peut être beaucoup plus discret.

"Est-ce toujours vrai ?"

Cette simple question change parfois la manière dont une histoire se raconte.

La certitude : "Je ne peux compter sur personne."

Le doute : "Toujours ?"


Alors surgit parfois une personne oubliée.

Une grand-mère.

Un ami.

Un professeur.

Quelqu’un qui, un jour, était là.


Cela ne supprime pas les absences.

Cela ne répare pas ce qui a manqué.

Mais le récit devient un peu moins compact.

Quelque chose qui semblait tenir en une phrase retrouve des nuances, une exception dans le récit.


Nous faisons aussi cela avec les autres : être certain qu'ils sont ceci, pensent cela...

Nous connaissons ceux qui vivent près de nous.

Ou du moins, nous croyons les connaître.

"Il fait ça pour me provoquer."

"Elle cherche toujours à attirer l’attention."

"Il s’en fiche."

"Elle est égoïste."


À force de vivre avec quelqu’un, nous pouvons finir par ne plus regarder ce qu’il fait.

Nous regardons ce que nous savons déjà de lui.

Chaque geste vient confirmer l’histoire qu'on s'est raconté avec certitude.

Le retard devient la preuve qu’il ne respecte personne.

Le silence devient la preuve qu’elle boude.

L’oubli devient la preuve qu’il ne pense jamais à nous.


Et parfois, en séance, une phrase vient déranger légèrement cette mécanique :

"Comment savez-vous que c’était son intention ?"

Un silence.

Puis :

"Je ne sais pas… mais je le connais."

Justement.

Peut-être le connaît-on parfois tellement que l’on ne le rencontre plus vraiment.


Certaines certitudes nous concernent intimement

"Je suis trop sensible."

"Je suis compliqué."

"Je suis nul avec les autres."

"Je ne termine jamais rien."

"Je suis quelqu’un d’anxieux."


À force d’être répétées, ces phrases ne décrivent plus seulement quelque chose.

Elles deviennent une identité où la nuance s'efface.

On ne dit plus : "Dans cette situation, j’ai eu peur."

On dit : "Je suis peureux."

On ne dit plus : "Cette relation m’a fait perdre confiance."

On dit : "Je manque de confiance en moi."


Peut-être est-ce aussi cela que l’on vient parfois déposer en analyse : non seulement ce que l’on pense de soi, mais la façon dont on a fini par ne plus pouvoir se penser autrement.


Et puis un jour, quelqu’un dit…

"Finalement, je ne sais pas."

Cette phrase pourrait sembler pauvre.

Elle est parfois immense.

Parce qu’elle ne vient pas toujours dire que l’on est perdu.

Elle peut simplement signifier que l’ancienne réponse ne suffit plus.

Quelque chose qui paraissait évident devient question.

Une autre version de l’histoire devient imaginable.

Un souvenir prend une couleur différente.

Une colère laisse apparaître une tristesse.

Une indifférence ancienne ressemble soudain davantage à une protection.

Une certitude sur quelqu’un laisse entrevoir que l’on ne savait peut-être pas tout.

Et une certitude sur soi commence doucement à perdre son statut de vérité.


Il reste alors un espace étrange.

Entre ce que l’on croyait savoir et ce que l’on ne sait pas encore.

Un espace parfois inconfortable.

Mais un espace dans lequel quelque chose peut à nouveau se penser.

Peut-être que le doute commence là.

Non pas lorsqu’on ne croit plus en rien.

Mais lorsqu’on accepte, un instant, que ce que l’on croyait définitivement écrit puisse encore nous raconter autre chose.


Personne écrivant dans un carnet ouvert sur une table en bois, ongles rouges, pull violet, sous une lumière douce.
S'arrêter un instant et envisager un autre point de vue, juste pour voir ce qui s'écrit.

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