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Je suis toujours "trop"


“Trop” c'est quand on a appris à prendre moins de place


Il y a des personnes qui arrivent en séance avec une phrase qui les précède.


“Je suis trop.”

Trop sensible.

Trop intense.

Trop exigeante.

Trop émotive.

Trop compliquée.


Le mot “trop” n’est jamais neutre. Il est chargé. Il est presque honteux. Il sonne comme un verdict ancien.


Souvent, il ne vient pas d’elles au départ. Il vient de quelqu’un. D’un regard. D’un soupir. D’une phrase répétée.


“Tu exagères.”

“Tu dramatises.”

“Tu es trop.”


Alors on apprend à se réduire.


L’origine possible : quand l’intensité dérange


Un enfant intense n’est pas un enfant “en trop”. C’est un enfant qui ressent fort. Qui capte les micro-changements d’ambiance. Qui pleure profondément, qui rit pleinement, qui s’attache totalement.


Mais si, en face, l’adulte est débordé, inquiet, fragile ou lui-même peu autorisé à ressentir, l’intensité de l’enfant peut devenir menaçante.


Alors on tente de la calmer.

Parfois on la ridiculise.

Parfois on l’ignore.

Parfois on l’accuse.


L’enfant comprend quelque chose de très fin :

“Ce que je ressens dérange.”

“Ce que je suis est excessif.”


Il n’abandonne pas son intensité. Il apprend à la retourner contre lui.


Les mécanismes psychiques en jeu


Quand on se sent “trop”, il y a souvent deux mouvements invisibles.


Le premier : l’auto-surveillance.

On s’observe en permanence.

On s’analyse.

On mesure nos mots avant de parler.

On s’excuse d’exister émotionnellement.


Le second : la culpabilité d’être.

On croit qu’on demande trop d’attention.

Trop d’amour.

Trop de profondeur.


Alors on fait semblant d’être plus simple.

On rit quand ça ne nous fait pas rire.

On minimise ce qui nous blesse.

On ravale ce qui monte.


Et pourtant, à l’intérieur, ça déborde.


Ce qui se répète en séance


En cabinet, ce thème revient souvent sous une autre forme.


“Je ne comprends pas pourquoi les relations s’arrêtent.”

“On me dit que je suis trop intense.”

“Je m’attache trop vite.”

“Je réfléchis trop.”


Ce qui me frappe, ce n’est pas l’excès.

C’est la solitude.


Ces personnes ont appris à se contenir pour ne pas perdre l’autre.

Mais en se contenant, elles se perdent un peu elles-mêmes.


Elles oscillent entre deux positions :

Se taire pour rester aimées.

Ou s’exprimer et risquer l’abandon.


Le dilemme est ancien. Il ne se joue pas seulement dans le couple. Il se joue dans toutes les relations.


Ce qui se dit à demi-mot


Il y a souvent une peur plus profonde, à peine formulée.


“Si je suis pleinement moi, on ne restera pas.”


Alors on négocie avec soi-même.

On coupe certaines émotions.

On atténue certaines exigences.

On rend nos besoins plus discrets.


Mais l’intensité ne disparaît pas. Elle se transforme.

Elle devient anxiété.

Elle devient tension corporelle.

Elle devient fatigue relationnelle.


Le “trop” n’est pas excessif. Il est comprimé.


Échos dans le quotidien


Cela se voit dans des détails.


Envoyer un message et regretter immédiatement d’avoir été “trop”.

Relire une conversation pour vérifier si on a “trop parlé”.

Pleurer seule pour ne pas déranger.

Ressentir une joie immense et la contenir.


Cela se voit aussi dans le travail.

On s’investit profondément.

On attend de la reconnaissance.

On se sent déçue quand l’implication n’est pas réciproque.


On a du mal avec la superficialité.

Les conversations vides fatiguent.

Les liens flous insécurisent.


On cherche l’intensité, mais on s’en méfie.


Pourquoi ce thème mérite d’être questionné en analyse


Parce que le “trop” n’est pas un défaut de personnalité.


C’est souvent un récit ancien.


Un récit qui dit :

“Tu prends trop de place.”

“Tu es trop émotive.”

“Tu demandes trop.”


En analyse, il ne s’agit pas de devenir moins intense.

Il s’agit de comprendre à qui ce “trop” appartient vraiment.


Est-ce votre voix ?

Ou celle qui s’est déposée en vous ?


Il arrive que l’on découvre que l’intensité n’était pas le problème.

C’était l’absence d’espace autour d’elle.


Il arrive que l’on réalise que l’on ne veut pas être “moins”.

On veut être accueillie.


Et cela change subtilement la manière d’habiter ses émotions.


Pas pour devenir différente.

Mais pour cesser de se réduire.


Ce travail prend du temps.

Il demande d’écouter ce qui, longtemps, a été contenu.


Le “trop” devient alors une porte d’entrée.

Vers l’histoire.

Vers les attachements.

Vers les répétitions invisibles.


Et parfois, vers une forme nouvelle de légitimité intérieure.


un canapé trop grand pour la pièce symbolisant une personne qui est trop et qui n'arrive pas à trouver sa place à analyser en psychothérapie à brignoles en psychanalyse

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