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Qu'est-ce qui se joue lorsqu'un patient demande à son thérapeute d'attester ?

2 oct.
6 min de lecture
Femme de dos, main levée, témoignant au tribunal; juge flou en arrière-plan, ambiance solennelle.

La demande arrive parfois à la fin d’une séance.

Presque comme une formalité : "J’aurais besoin d’une attestation".

Puis quelques précisions apparaissent.

Il y a une séparation conflictuelle.

Une garde d’enfant.

Un employeur.

Une plainte.

Un préjudice que l’on cherche à faire reconnaître.

Une procédure dans laquelle deux versions d’une même histoire s’affrontent.


Et parfois, cette phrase : "Vous pourriez dire que…"

C’est souvent à cet endroit que la demande change de nature.

Car il ne s’agit plus seulement d’attester que quelqu’un vient régulièrement en consultation.

Le patient voudrait que son psy dise quelque chose de son histoire.

Parfois même, quelque chose de l’autre partie impliquée dans cette histoire.

Qu’il confirme.

Qu’il reconnaisse.

Qu’il donne du poids à une parole qui, ailleurs, est contestée.

Et derrière cette demande très concrète peut alors se glisser une autre question :

"Et vous, est-ce que vous me croyez ?"


Quand être ferme devient essentiel

Une procédure judiciaire confronte parfois brutalement une personne au fait que sa parole ne suffit pas.

Elle raconte ce qu’elle a vécu.

En face, quelqu’un raconte autre chose.

Ce qui, dans l’espace du cabinet, pouvait être entendu comme son vécu devient devant la justice une version parmi d’autres, soumise aux faits, aux preuves, aux contradictions.

Cette expérience peut être extrêmement difficile.

Particulièrement lorsque la personne a déjà le sentiment de ne pas avoir été entendue.

Alors le thérapeute occupe une place singulière : lui, il sait.

Ou plutôt : le patient peut avoir le sentiment qu’il sait.

Il a entendu les pleurs.

Les colères.

Les peurs.

Les hésitations.

Les récits répétés séance après séance.

Il était là lorsque tout cela se disait.

La tentation devient alors compréhensible de jouer le rôle du témoin : "Vous pourriez l’écrire."

Comme si les mots prononcés dans l’intimité du cabinet pouvaient sortir de la pièce et venir témoigner devant un juge, comme si ces mots auraient alors plus de poids.


Mais qu’est-ce que le psy sait réellement ?

C’est peut-être ici que quelque chose mérite d’être distingué.

Le psy sait ce qui lui a été confié.

Il connaît la manière dont son patient vit une situation.

Il peut observer une souffrance, une anxiété, une colère, une ambivalence, un effondrement.

Il peut entendre les effets psychiques d’une histoire.

Mais il n’était pas nécessairement présent lorsque les faits racontés se sont produits.

Il n’a généralement pas rencontré toutes les personnes concernées.

Il n’a pas mené d’enquête.

Il n’est pas devenu témoin des événements parce qu’il a entendu leur récit.

C’est une différence discrète, mais essentielle entre :

"Mon patient me dit avoir vécu cela" et "cela s’est produit ainsi".

Ce ne sont pas deux formulations équivalentes.


Dans l’espace analytique, cette distinction est d’autant plus importante que le travail ne consiste précisément pas à déterminer lequel des protagonistes d’une histoire détient la bonne version.

Le matériel de l’analyse est aussi fait de perceptions, de souvenirs, d’oublis, de contradictions, d’interprétations.

La réalité psychique du patient mérite d’être entendue sans avoir besoin d’être transformée en vérité judiciaire.


Vous êtes de mon côté, non ?

La demande d’attestation peut alors prendre une dimension particulière dans la relation thérapeutique.

Le patient ne demande peut-être plus seulement un document.

Il demande parfois une alliance.

Vous savez ce que j’ai traversé.

Vous voyez bien comment il est.

Vous savez que je ne mens pas.


Et quelque chose du lien transférentiel peut venir se loger là.

Être cru.

Être défendu.

Trouver enfin quelqu’un qui ne doute pas.

Faire du thérapeute celui qui dira aux autres : "Moi, je sais."


Un refus peut alors être vécu douloureusement.

"Vous ne me croyez donc pas ?"

"Après tout ce que je vous ai raconté ?"

"À quoi servent toutes ces séances si vous ne pouvez même pas dire ce que vous avez constaté ?"


Pourtant, ne pas devenir le témoin à charge de l’histoire du patient ne signifie pas nécessairement mettre en doute sa parole.

Cela peut aussi préserver quelque chose de beaucoup plus précieux : l’endroit où cette parole n’a justement pas besoin de devenir une preuve.


Et du côté du thérapeute ?

C’est probablement là que la situation devient encore plus intéressante.

Parce que le patient n’est pas seul à éprouver quelque chose.

Le thérapeute aussi peut être touché par ce qu’il entend.

Après des semaines ou des mois d’accompagnement, il peut éprouver de la compassion, de l'injustice, de l'agacement envers celui dont on lui parle, une envie de protéger, parfois même une colère.

"Ce n’est pas possible qu’on lui fasse encore subir cela."

Et cette émotion mérite peut-être d’être entendue avant d’être agie.

Car le contre-transfert peut parfois emprunter des habits très respectables.

Aider.

Protéger.

Réparer.

Faire reconnaître une injustice.

Le thérapeute peut progressivement cesser d’occuper la place depuis laquelle il écoute pour prendre celle de celui qui défend.

Il ne travaille plus seulement avec le récit.

Il entre dans le récit.


Le piège du "je sais"

Il existe quelque chose d’assez troublant dans certaines relations thérapeutiques longues.

À force d’entendre une histoire, nous pouvons finir par avoir l’impression d’en connaître les personnages.

Le conjoint dont le patient parle depuis deux ans devient presque familier.

La mère intrusive.

Le père absent.

L’ex-compagne manipulatrice.

Le patron persécuteur.

Nous pouvons avoir le sentiment de les connaître.

Et pourtant, nous ne les connaissons parfois qu’à travers un seul regard.

Celui du patient.

Cela ne rend pas son récit faux.

Cela rappelle simplement depuis quelle fenêtre nous regardons.


Lorsque le thérapeute oublie cette fenêtre, quelque chose du cadre peut se déplacer.

Il peut commencer à attester des intentions d’un tiers.

À qualifier psychologiquement quelqu’un qu’il n’a jamais rencontré.

À affirmer comme des faits ce qui lui a été rapporté.

À dévoiler davantage de l’intimité des séances que ce qui était nécessaire.

L’écrit thérapeutique commence alors à ressembler à autre chose.

Presque à une pièce du conflit.


Alors, que peut écrire un psy ?

Il existe pourtant des attestations parfaitement légitimes.

Un professionnel peut, lorsqu’il estime cet écrit approprié, attester de ce qu’il sait réellement dans le cadre de son exercice.

Que telle personne est reçue en consultation.

Depuis telle période.

Éventuellement selon telles modalités.

Il peut faire état, avec prudence et dans les limites de ce qu’il peut professionnellement soutenir, d’éléments qu’il a lui-même observés.

Mais attester d’un suivi n’est pas expertiser une situation judiciaire.

Et recevoir quelqu’un en thérapie ne donne pas accès à une vérité sur toutes les personnes qui composent son histoire.

Un psychanalyste n’a pas davantage vocation à devenir enquêteur.

Il ne peut transformer ce qui lui a été raconté en faits personnellement constatés.

Il ne peut poser une appréciation clinique sur une personne qu’il n’a jamais rencontrée simplement parce que son patient lui en parle, il peut seulement évoquer des hypothèses de compréhension tronquées avec son patient.

Il ne peut davantage oublier que ce qu’il écrit peut quitter définitivement le cabinet, être lu par des avocats, des magistrats, la partie adverse et devenir une pièce d’une procédure.

Un écrit ne s’efface pas lorsque la séance suivante commence.


Ce que le refus peut faire surgir

C’est peut-être pour cela que certaines demandes d’attestation sont cliniquement si riches.

Non parce qu’il faudrait soupçonner l’intention du patient.

Mais parce que la demande révèle parfois quelque chose du lien.

"J’ai besoin que quelqu’un dise que je ne suis pas fou."

"J’ai besoin que quelqu’un confirme que ce que j’ai vécu existe."

"J’ai besoin que quelqu’un me défende."

"J’ai besoin que vous choisissiez mon côté."


Parfois, ce n’est même pas formulé ainsi.

Cela apparaît dans la déception.

Dans une colère.

Dans un silence inhabituel après que le thérapeute a posé une limite.

Et soudain, la demande administrative devient matière analytique.

Qui devait autrefois croire ?

Qui n’a pas cru ?

Qui aurait dû protéger ?

Qui aurait dû parler ?

Que représente aujourd’hui le fait que celui auquel on a confié son intimité refuse d’en devenir le porte-parole devant les autres ?


Peut-être que le cadre protège aussi de cela

Le cadre thérapeutique est parfois imaginé comme une série de contraintes.

La confidentialité.

La réserve.

La prudence.

La distinction des places.


Pourtant, ces limites protègent aussi quelque chose de la relation.

Si le thérapeute devient celui qui certifie que le patient a raison, pourra-t-il encore entendre, quelques semaines plus tard, son ambivalence ?

Sa propre agressivité ?

Ses contradictions ?

Sa culpabilité ?

Sa participation éventuelle à certaines situations ?


Pourra-t-il encore accueillir :

"Je vous ai peut-être raconté les choses différemment à l’époque ?"

Et surtout, le patient pourra-t-il encore le lui dire ?

À vouloir défendre son patient, le thérapeute pourrait paradoxalement réduire l’espace dans lequel celui-ci pouvait tout déposer.

Même ce qui ne plaidait pas en sa faveur.


Il reste alors cette frontière parfois frustrante.

D’un côté, la justice cherche à établir des faits et à trancher.

De l’autre, l’espace analytique accueille une parole qui peut hésiter, se contredire, se reprendre, découvrir qu’elle ne savait pas exactement ce qu’elle croyait savoir.

Lorsque ces deux espaces se rencontrent autour d’une demande d’attestation, quelque chose du cadre est soudain mis à l’épreuve.

Et derrière une demande qui semblait tenir en quelques lignes sur une feuille apparaît parfois une question beaucoup plus intime :

"Si vous ne témoignez pas pour moi… êtes-vous toujours avec moi ?"


Deux fauteuils bleu et gris face à face autour d’une table dorée avec échiquier, dans un salon blanc minimaliste.

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